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Publié par Antoine DELOUHANS

Contact

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- Monsieur Swan, étiez-vous au courant de ce que faisait votre fille dans la grange ?

- Non. Mais ma fille n’avait aucune mauvaise intension. Elle ne sait pas comment exploiter ses... capacités.

- La question n’est pas de connaitre ses intentions, mais de déterminer ce qu’elle a réussi à faire. Il faut comprendre qu’elle a eu accès à des informations classées secret-défense. Nous devons absolument tout savoir de ce qu’elle a entendu, vu, fait.

- Vous ne la ferez jamais parler en l’impressionnant comme ça. C’est une enfant. Elle a beau avoir la capacité intellectuelle au-delà de l’imaginable, elle reste une enfant.

- Je vais être très clair. Je vais vous laisser tenter d’en savoir plus à votre manière. Si d’ici deux heures vous n’avez rien pu tirer, je l’emmène avec moi.

- Vous n’avez aucun droit…

- J’ai tous les droits quand il s’agit de ce genre d’affaire. Et je ne vous conseille pas de tenter de vous mettre au travers de mon chemin, ou vous risquez de le regretter amèrement. Elle est dans la grange. Rejoignez là et faites en sorte de me rapporter chaque détail qu’elle vous racontera.

 

David Swan déglutit difficilement. Il avait déjà une vie compliquée depuis que sa femme était morte dans un accident de voiture. Il devait élever seul, son enfant surdouée et qui s’était enfermée, depuis la mort de sa mère, dans un monde bien à elle. Communiquer avec sa fille relevait de l’exploit, et il devait y parvenir en très peu de temps.

David se leva et se dirigea vers la porte pour sortir de sa maison. Ils vivaient une petite ferme, près de Colombus, dans le Nebraska. Il se dirigea vers la grange, de l’autre côté de la ferme, passa au travers des voitures des agents fédéraux venus en nombre, traitant sa fille comme la pire des criminelles.

Il la trouva, comme il s’en doutait, dans une petite cache qu’il lui avait installée là. Il ne rentrait plus dans cette vieille grange depuis de nombreux mois, depuis qu’il en avait fait construire une, plus moderne, de l’autre côté de l’exploitation. Lorsqu’il vit son ancien atelier, recouvert de pièces, de vieilles radios rafistolées et d’une parabole énorme tournée vers le ciel, il ne put réprimer un hoquet de surprise.

La grange était le sanctuaire de Sofia. Il lui laissait toute liberté et ne venait jamais la déranger ici. Cette enfant particulière avait besoin de ses espaces privés où pouvoir exprimer l’entièreté de ce qu’elle était. C’était ce que lui avait expliqué la psychiatre après le tragique accident. Jamais il n’aurait pensé que Sofia aurait tant pris au mot les paroles de son thérapeute. Tant de questions se bousculaient dans la tête de David : où avait-elle trouvé tout ce matériel ? Comment avait-elle construit ce qui ressemblait de plus en plus à une radio géante ? Pourquoi ? Est-ce que c’était dangereux et avait-il laissé trop de liberté à sa fille au point de louper un truc aussi énorme ? Mais l’urgence n’était pas là. Il devait savoir ce qu’elle avait fait. Sinon, jamais ces agents du gouvernement ne les laisseraient tranquilles.

Sofia était assise, les genoux contre sa poitrine et se balançait d’avant en arrière.

David eut un réflexe paternel et voulu la prendre dans ses bras pour la réconforter, mais il savait que ça n’était pas la bonne approche. Il s’assit donc en face d’elle et attendit le signe.

Elle arrêta ses balancements, elle était à l’écoute.

- Sofia, je sais que tout cela t’inquiète énormément et que tu ne sais pas comment gérer ces émotions qui te viennent. Et tu sais quoi ? Bah moi non plus je ne sais pas quoi en faire.

Sofia bougea la tête et planta son regard dans celui de son père.

- Ces gens veulent savoir ce que tu as réussi à faire ici. Tu sais, je suis impressionné de ce que tu as construit, même si ça m’inquiète un peu.

- Je n’ai rien fait de mal. Murmura-t-elle.

- Oh non Sofia, on ne te reproche pas d’avoir fait quelque chose de mal, même si c’est vrai que ces gorilles ont tendance à faire culpabiliser un épi de maïs. Ils veulent juste savoir ce que tu as fait. Et j’avoue être curieux aussi.

- Ils ne comprendraient pas.

Du haut de ses onze ans, Sofia avait une assurance dans la voix que l’on aurait pu attribuer à un adulte. Elle ne parlait à personne d’autre qu’à son père, et encore, fallait-il qu’elle soit d’humeur à le faire. Par « chance », elle était assez inquiète pour avoir envie de parler avec lui.

- Essaye déjà de m’expliquer à moi. Tu penses que je pourrais comprendre ou c’est trop compliqué ?

- Ce n’est pas que c’est compliqué. Mais ça dépasse la raison et la logique.

- Comment ?

Sofia ne répondit pas, mais se leva et se dirigea vers sa radio. Elle tourna quelques boutons, pianota sur un clavier et l’écran devant elle s’alluma, affichant des lignes de codes verts.

- Où as-tu eu tout ça ?

Elle ne répondit pas et se dirigea vers les hauts parleurs, qu’elle mit en route.

D’abord, David n’entendit qu’un grésillement lointain. Sofia alla vers la parabole, régla quelque chose en dessous et revint vers le haut-parleur, semblant chercher une fréquence spécifique.

C’est alors que David l’entendit. Une voix, d’abord incertaine puis de plus en plus claire. La voix s’amplifia et il put entendre quelqu’un parler dans une langue inconnue.

- Sofia, Sofia, tu m’entends, est-ce toi ?

David sursauta quand la voix se mit à parler leur langue.

- Oui c’est moi. On a un problème, des agents sont là.

- Je sais oui, je t’observe depuis là-haut. Ne t’inquiète pas, nous allons tout faire pour te sortir de là. Tu n’es pas seule. Nous devons rompre la communication. Ne t’inquiète pas.

La voix se remit à parler dans cette langue inconnue tout s’arrêta.

David resta un moment à peser ce que cela pouvait bien signifier.

- Sofia, dit-moi, qui est cet homme ?

- C’est les hommes de la Lune.

- Comment ça les hommes de la Lune ? Tu veux dire des gens de la NASA ?

- Non papa, ça, ce sont des astronautes… moi je te parle d’une forme de vie qui se trouve sur la Lune.

David eut un recul. Non seulement, il venait de se faire remettre en place par sa propre fille, mais en plus elle venait de lui avouer croire aux extraterrestres.

- Ma chérie…Il n’y a pas de vie sur la Lune. On le sait depuis longtemps, tu sais. Non seulement ça n’est pas possible physiquement, mais en plus on y est allé. Il y a trois ans, Neil Armstrong y est allé, et d’autres missions ont permis d’observer la Lune dans son ensemble et il n’y a rien.

- Parce que tu crois vraiment que s’il existait une autre forme de vie on nous tiendrait au courant ? Ces personnes avec qui je parle sont là-bas depuis toujours. Ils ont une colonie sur la Lune depuis des centaines d’années.

- Je ne comprends pas que toi, tu puisses croire aux petits bonshommes verts…

Sofia regarda son père avec un air de désespoir et de pitié qui montrait l’étendue du fossé qui séparait leurs deux intelligences.

- Papa, le monde n’est pas celui qu’on essaye de nous faire avaler. J’ai d’abord tenté de chercher des sons dans l’espace. Juste par curiosité. Puis un jour, j’ai réussi à entendre une communication de ces hommes de la Lune. J’ai éclairci le signal, et ils m’ont détectée. On a alors commencé à parler. Ils m’ont appris des choses sur l’Univers et sur ce que l’on nous cache. Certaines personnes dans ce monde sont au courant de la réalité, mais ils nous la cachent pour mieux nous manipuler. J’ai tant de choses à te raconter papa. Tant de choses qu’ils m’ont apprises.

- J’aimerais tellement te croire et t’écouter Sofia, mais nous n’avons pas le temps. Ils vont revenir d’une minute à l’autre et tu ne peux certainement pas leur dire ça ou ils vont te faire enfermer.

A l’extérieur l’agent Forwel sortait de la maison et criait à ses hommes.

- Allez-y, elle a recommencé ! Ils ont répondu de nouveau.

Deux hommes déboulèrent dans la grange, tenant en joue David et Sofia.

- Ecartez-vous de la radio. Aboya l’un des deux hommes.

David levait les mains en l’air et invita sa fille à faire de même.

L’agent Forwell arriva en courant.

- Aller, fini de jouer petite. Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?

- Qui a dit quoi ? Intervint David.

- Arrêtez de vous foutre de moi, vous les avez entendu, elle n’a pas mis en route le système pour rien, elle vous a fait entendre.

- Et c’est quoi au juste ce qu’on a entendu ?

- Elle le sait très bien et les informations qu’elle a eues nous seront très utiles.

- Pourquoi ?

- Pour prévenir un possible conflit.

Un silence pesant s’abattit dans la grange. Puis Sofia prit la parole, provoquant la surprise de son père. Elle n’adressait jamais la parole à personne d’autre.

- Vous les gens simples d’esprit, vous pensez toujours que l’autre est un danger pour vous. Vous ne prenez pas le temps de réfléchir et de tenter de comprendre. Parce que votre esprit est étroit et ne laisse pas la place à ce qui ne fait pas partie de l’image que vous avez du monde. La moindre différence, la moindre nouveauté vous fait peur. Ils ne veulent rien d’autre qu’être entendus, mais pas par des gens comme vous. Ils savent que vous ne les comprendriez pas et que vous interpréteraient de la mauvaise façon leurs intentions. Ils l’ont compris dès que vous les avez rencontrés il y a trois ans.

- Leur Station est un avant-poste, ça veut dire qu’il y en a d’autres. C’est un danger potentiel et tu le sais si tu es si intelligente.

- Ce que je sais, c’est que le jour où vous déclencherez les hostilités, vous n’aurez aucune chance. Ils viendront de partout, sans que vous puissiez les détecter. Mais tout cela dépasse de loin ce que vous pourriez comprendre. Vous pourrez préparer tout ce que vous voulez, ils sont bien plus évolués et existent depuis bien plus longtemps que nous. Ne les provoquez pas. Ils ne sont pas là pour nous nuire, bien au contraire.

- Et je vais croire les divagations d’une gamine ?

- Je n’ai plus rien à vous dire.

- Oh ne crois pas ça petite insolente. Vous deux, vous venez avec nous !

Forwel fit signe à ses hommes qui vinrent attraper David et Sofia. David tenta de protester, mais une clé de bras sévère le fit taire. Les agents les firent monter dans une des voitures, une cagoule sur la tête pour ne pas voir où ils allaient.

Tout était noir et ils entendaient leurs respirations respectives.

Ils comprirent vite que leur vie venait de basculer et que plus jamais ils ne reviendraient ici. Ils laissaient leurs souvenirs et leurs vies, pour se rendre, ils ne savaient où. Surement mis à l’ombre pour longtemps.

 

 

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Eden, d'Antoine Delouhans

 

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